Concert Au Chœur de la Délivrance, une soirée mémorable !

Devant plus d’une centaine de participants (au sens strict puisqu’il s’agissait d’un concert-participatif), le groupe MVJ (Mixed Voices for Jesus) et les musiciens ont réussi une soirée de chants et de louange à la gloire de Dieu. Nous livrons ici les interventions du Père Thierry de Lastic qui ont rythmé de concert et lui ont donné un sens spirituel supplémentaire.


Première prise de parole

Chers amis, nous voici entrés dans notre concert-participatif. Nous avons chanté notre premier chant de louange !

Je vous propose de nous lever un instant et de faire ensemble le signe de la croix.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ! Amen !

La louange et la croix !

La louange par la croix !

Vers la fin du psaume 21, le psaume récité par Jésus sur la croix, le psaume qui commence par « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », le psalmiste dit : « Tu seras ma louange dans la grande assemblée »

Sur la croix, Jésus passe du sentiment d’oppression, de déréliction, d’abandon par son Père à la louange dans la grande assemblée, c’est-à-dire à la face de l’humanité tout entière !

C’est ce cheminement que nous voudrions refaire ce soir, chemin de libération ou de délivrance. D’une femme qui accouche on dit qu’elle est délivrée. Nous voudrions que la Mère Église nous réenfante à nouveau à la joie d’être de Dieu.

Mais nous irons de la louange à la louange, parce que la victoire de Jésus est déjà acquise. La Bonne Nouvelle du Salut a déjà résonné à nos oreilles et fait vibrer notre cœur ! Les eaux du baptême nous ont déjà régénérés.

Nous commencerons donc par un temps de louange.

Puis nous reviendrons à la terre. La terre qu’ont travaillé les esclaves. La terre dont ils n’étaient plus vraiment distingués. Mais comme Dieu a modelé la terre aux origines, qu’il a formé notre père Adam et qu’il lui a insufflé la vie dans les narines, nous entendrons les Spirituals des esclaves d’Amérique du Nord qui témoignent d’une humanité défigurée, d’une terre informe se laissant façonner peu à peu par la Parole de Dieu et habiter par le souffle de l’Esprit Saint. Dieu s’est acquis un peuple nouveau aux entrailles de la terre, comme il s’était acquis le peuple hébreu arraché à la servitude de l’Égypte. Puisse ce même Dieu nous constituer aujourd’hui, nous aussi, en un peuple nouveau, façonné par la mémoire des souffrances anciennes, vivifié par son Esprit Saint.

Je m’unis tout particulièrement à ceux qu’une blessure secrète blesse encore, blessure d’avoir été humilié, rabaissé, compté pour rien, sentiment d’infériorité, incertitude sur son identité. Puisse la mémoire vivante des devanciers d’Amérique du Nord relever et rétablir dans la dignité.

Après cette mémoire de la servitude, mais aussi du passage de la terre au ciel, quelques gospels contemporains nous aideront à faire monter vers Dieu les besoins en délivrance de notre monde abimé, de notre humanité déchirée, tout en proclamant la victoire du Ressuscité !

Voici le programme. Tout au long de ce concert, vous serez invités à unir vos voix à celles de notre chœur MVJ, Mixed voices for Jésus, que je salue et remercie au passage. Et nous formerons un seul chœur, le chœur de la délivrance, une seule Église, l’Église métisse.


Deuxième prise de parole

Après avoir chanté la victoire de notre Dieu, nous nous tournons maintenant vers les hommes et femmes esclavisés des Amériques. Le christianisme était la religion des maîtres, la religion des Blancs. On le leur a inculqué pour les rendre dociles et les soumettre, éventuellement les consoler. Mais la semence a germé. L’Évangile destiné à soumettre a suscité l’espérance d’un Dieu qui libère, un Dieu qui relève. Les Spirituals témoignent de ce Dieu venu rejoindre ses enfants opprimés et les conduire à la liberté.

1. Les Spirituals et Gospels traditionnels que nous allons entendre et chanter esquissent un itinéraire vers la Liberté. Mais auparavant, que les Djembés nous fassent vibrer aux rythmes de l’Afrique des origines !

2. Arrachés à la terre d’Afrique, les captifs à peine évangélisés se tournent vers le Seigneur et l’appellent : Viens par ici Seigneur ! Come by here my Lord ! Kumbaya my Lord,

3. Il y a l’espérance du Royaume, après la mort. Mais, pour cette terre, il y a aussi la résistance, le refus de se résigner : Oh Freedom ! Ô Liberté ! Je ne serai pas esclave, je ne me soumettrai pas, avant de reposer dans la tombe. Before I’ll be a slave, I’ll be buried in my grave. Je retournerai à la maison, près du Seigneur, et je serai libre, And I’ll go home to my Lord and be free !

4. Dieu se souvient de ses enfants. Il met dans le cœur des captifs l’espérance d’une libération dès cette terre, d’un nouvel Exode, d’un nouveau Moïse pour mener hors de la servitude : Go Down Moses : Va Moïse, va trouver Pharaon et tu lui diras : Let my people go, Laisse partir mon peuple !

5. Mais il y a un autre esclavage, celui du péché et de la haine. Et qui veut franchir le Jourdain pour entrer en Terre promise doit se convertir et faire la paix avec tous. Down by the riverside, auprès de la rivière, le Jourdain, I ain’t gonna study war no more », je n’apprendrai la guerre !

6. La grâce touche aussi les maîtres. Et l’ancien esclavagiste repenti chante la miséricorde de Dieu : Amazing grâce that saved a wretch like me ! Grâce merveilleuse qui a sauvé un misérable comme moi !

7. Christ est ressuscité ! Pour les esclaves libérés, c’est la joie de la résurrection : Oh happy day ! When Jesus rose. Quel jour joyeux, lorsque Jésus est ressuscité !

8. Christ est ressuscité ! Mais encore faut-il vivre en ressuscité, en enfant de Lumière : Be like him, Sois comme Lui ! Sois à son image !

9. Et enfin, au terme de notre itinéraire spirituel, il y a le désir d’entrer dans la Jérusalem céleste au milieu des élus : Oh, when the saints, go marching in. Quand les saints s’avanceront en procession! I want to be in that number. Je veux être de leur nombre.


Troisième prise de parole

Chers amis, nous avons fait mémoire de l’Exode des esclaves Afro-américains. Nous sommes entrés avec eux en Terre promise. Et pourtant, il reste tant de chaine à briser, tant de cœurs à transformer. A travers les Gospels contemporains que nous allons prendre, chacun peut faire monter vers Dieu sa prière d’intercession, pour la paix, pour la justice, pour notre conversion, pour la dignité, pour la foi, pour le triomphe du Christ dans les cœurs et dans la vie !

Avant de prendre ces Gospels nous allons écouter les différents sons du gwoka, le tambour traditionnel des Antilles. Nous passons des Djembés aux Gwoka comme une nouvelle histoire à écrire pour toutes les populations créoles anciennement déportées ; une identité à affirmer, une violence de l’ordre esclavagiste à transformer en force pour construire.


Dernière prise de parole

Chers amis, nous sommes presqu’arrivés au terme de notre concert. Merci à tous ceux qui ont concouru à faire de cette soirée un temps de fête et de grâce. Merci tout particulièrement à nos choristes et à nos musiciens.

Il est temps de regarder en arrière pour voir le chemin parcouru. Nous avons emprunté le chemin des esclaves depuis l’Égypte jusqu’à la Terre promise, depuis la servitude jusqu’à la liberté.

Qu’est-ce que cela signifie faire mémoire des souffrances du passé pour construire l’avenir ? Cela signifie d’abord croire que le monde dans lequel nous vivons est héritier de celui qui a vu renaître au sein d’une société chrétienne un système basé sur le profit au mépris de la vie humaine. Cela signifie croire aussi qu’à chaque messe, à chaque Eucharistie, la puissance de résurrection du Christ se révèle plus forte que ce qui a causé sa mort. C’est croire qu’en Jésus la mort peut devenir vie ! Faire mémoire des souffrances du passé pour construire l’avenir, c’est unir celles-ci à la souffrance du Christ pour qu’en lui surgisse une vie renouvelée, un avenir de lumière ! Nous espérons que les ancêtres, esclaves ou maîtres, Blans ou Noirs, se retrouvent ou se retrouveront ensemble, réconciliés, dans un même Paradis. Nous implorons le pardon pour les péchés de nos pères. Nous demandons leur bénédiction pour que ce qui a été détruit jadis se reconstruise aujourd’hui.

Faire mémoire des souffrances du passé, ce n’est pas culpabiliser les uns et entretenir le sentiment victimaire des autres. C’est libérer, les uns et les autres, du poids d’un passé qui continue de peser sur eux différemment. C’est faire jaillir du positif dans ce qui ne l’était pas. Dans ce pays nous avons besoin d’une âme, d’un feu intérieur, d’un projet commun de société, d’une aventure humaine et spirituelle. C’est dans une sorte de rêve à la Martin Luther King, que le Chœur de la délivrance a essayé de nous entraîner, un rêve de fraternité universelle, un rêve de communion dans l’amour. En conclusion de son discours, le pasteur américain disait :

« J’ai fait un rêve, qu’un jour, chaque vallée sera levée, chaque colline et montagne sera nivelée, les endroits rugueux seront lissés et les endroits tortueux seront faits droits, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble ».

Et alors ils diront ensemble « Notre Père ».

Nous pouvons nous lever pour chanter ensemble le Notre Père.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *